Le Tchan, une Ecole de Meditation

Si l’école Tchan s’est acquis le titre « d’Ecole de Méditation », c’est parce que, plus que toute autre, elle a fait de la « Méditation sur les Quatre Etablissements de l’Attention », du Satipatthana, la base inébranlable de son enseignement (il s’agit de l’enseignement du Xi-Tchan ou Tchan de l’ouest).

Cette base est LA voie montrée par le Bouddha pour atteindre LE but : le nirvana, la destruction de l’illusion d’être un ego stable et permanent. »

Car le but du « Satipatthana » et, à la vérité, de toute action bouddhique, c’est cela : l’extinction, ou nirvana. Non pas l’extinction du « moi », qui n’a aucune existence, mais celle de l’illusion d’être un « moi »…

La personne qui se livre à l’expérience du Satipatthana « version Tchan », du 5ème siècle de notre ère, doit le faire « sans relâchement ». Ainsi dit la règle. La première et la deuxième phase se présentent ainsi :

Première phase

Chaque jour, de son réveil, jusqu’au moment de la soirée où elle s’endort, cette personne surveille, « sans relâchement » ses propres gestes et aussi ses propres paroles.

Les gestes familiers sont généralement inconscients. Il s’agit de les rendre conscients, rien d’autre. Pas question de les « nommer ». De dire par exemple, mentalement : je fais ceci ou cela. Non, il s’agit simplement de « sentir » les mouvements du corps, des bras, des jambes, de la tête. Il s’agit de sentir comment tout cela se meut. Comment séparément ou ensemble, tous les éléments du corps se déplacent.

Comprenez bien : le pratiquant du Satipatthana ne prétend pas remplacer les automatismes et les réflexes par des actes volontaires. Il se contente d’observer et rien de plus.

Il en est de même pour la parole : il s’agit d’entendre ses propres paroles telles « qu’on » les prononce, sans essayer d’y rien changer, d’y rien corriger.

Bien entendu, lorsqu’on « s’entend soi-même », on est frappé par les tics de langage, par tous ces mots superflus du genre « bien sûr », « c’est clair », « c’est ça », etc. Le pratiquant du satipatthana continue à prononcer les mêmes paroles inutiles. Il continue à parler « comme une pie abat les noix » et ne s’en inquiète pas. Ce dont il se préoccupe, c’est de bien « entendre » les mots qu’il prononce lui-même.

Dans la première phase : observation du corps, il faut faire une place à part à l’observation de la respiration. Le Bouddha avait fait ainsi. A la vérité, il avait même privilégié l’observation de la respiration en citant assez longuement et en premier lieu un exercice respiratoire consistant justement en cela. (Le Tchan actuel nomme cela « respiration consciente » qui est tenue pour un exercice particulier de grand intérêt.)

Deuxième phase.

La deuxième phase du Satipatthana consiste à prendre conscience des sensations physiques (pensée purement perceptive).

Parmi « les sensations », il faut entendre, tout ce qui relève du domaine des six sens : tout ce qui est vu, entendu, touché par les mains ou toute autre partie du corps, senti grâce à l’odorat, goûté par les papilles gustatives, ou enfin (sixième sens bouddhique) – et c’est là de beaucoup le plus difficile – « ressentir par l’esprit ».

En d’autres termes, on peut considérer que ce sixième sens bouddhique est un renforcement des cinq autres sens.

L’observation incessante de tous les mouvements physiques, des paroles prononcées, des sensations, finit par créer en elle l’impression d’une sorte de danse. Plus exactement, l’impression de pratiquer « à longueur de vie » une gymnastique douce du genre Tai Chi Chuan.

S’ajoutant à cela, la surveillance constante de la parole « libre », non contrôlée, contribue aussi à l’installation, chez l’intéressé d’une sensation globale extrêmement curieuse que l’on ne pourrait mieux définir que par le mot de Rimbaud : « Je » est un autre…

La vie qu’observe l’adepte du Tchan pratiquant le Satipatthana est une vie autre, non la sienne. Et petit à petit, vient se loger en cet adepte la conviction inébranlable que

« Là, il y a de la vie, mais ce n’est pas ma vie.

Il y a de l’action, mais ce n’est pas mon action.

Il y a de la pensée, mais ce n’est pas ma pensée… »

Extrait de L’Eveil selon le Tchan, Jerôme Calmar, Editions Christine Claire

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